L'odeur des pins.
Je ne suis pas né en Haute-Savoie, mais on peut dire que j'ai grandi dans cette région par « épisodes ». J'y passais pratiquement toutes les vacances d'été, sans compter les hivers et les printemps. C'était le lieu de retrouvailles de toute la famille, les grands-parents, les parents, les cousins. Un chalet avec piscine à Cordon, les randonnées dans les sapins, les raclettes au coin du feu, les concours de plongeon. Rien de spectaculaire. Tout ce qu'il fallait pour se construire sans le savoir.
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Paris à cinq heures de route et en même temps à des années-lumière. J'ai fait découvrir la région à Krista. La première fois hors saison, Megève était presque vide, avec encore un peu de neige sur les sommets. Depuis, on revient régulièrement, comme on revient à quelque chose d'essentiel.
Le Mont-Blanc en face.
Et tout le reste qui s'efface.


J'ai presque cinquante ans de regard sur ce massif. Je vois ce que ceux qui le découvrent ne voient pas encore : les glaciers qui reculent, les étés plus chauds, les éboulements plus fréquents sur les parois. Cette beauté m'impressionne toujours autant. Et m'inquiète un peu plus à chaque fois.
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Voici une infime partie de ce que je connais de cette région. Les paysages, oui, mais surtout les détails. Nos petits rituels, les adresses qui reviennent, les chemins où on se perd et où ça n'a aucune importance puisqu'on fini toujours par arriver quelque part !


Fin de journée sur l'imposant Massif du Faucigny

Une ancienne ferme qui resiste au temps

Vue sur la chaine du Mont-Blanc depuis le Lac Vert
Ces montagnes m'ont élevé.
Je n'en suis pas originaire
et pourtant, je m'y sens
bien comme chez moi.


Cordon
Le balcon du Mont-Blanc

Perché à 870 mètres d'altitude, entre la vallée de Sallanches et les crêtes des Aravis, Cordon occupe une position rare : une sorte d'avant-scène naturelle, face à la chaîne du Mont-Blanc. Nulle part ailleurs dans la région on a cette vue-là, aussi frontale, aussi dégagée du Mont-Blanc à la Pointe Percée, toute la chaîne d'un seul regard.
Le village a su rester lui-même. Trente-cinq fermes encore en activité, une église baroque du XVIIIe siècle classée monument historique, sobre à l'extérieur comme l'époque le voulait, éblouissante à l'intérieur avec ses fresques, ses dorures, son retable. Et une tradition napoléonienne absolument singulière que je n'ai vue nulle part ailleurs.
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Une anecdote pour finir de planter le décor : dans les années 60, Brigitte Bardot se perd un soir en quittant Megève après une dispute. Elle tombe sur un petit hôtel éclairé, y passe la nuit. Le lendemain matin, cinquante centimètres de neige fraîche et le Mont-Blanc en face, immense et blanc. Elle reviendra.
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C'est Cordon. On y revient toujours par choix.



C'est devenu un peu mon endroit, le lieu de l'enfance, des retrouvailles, des grandes vacances d'été qui n'en finissaient pas. Un mois et demi à Cordon avec les cousins, les parents, les grands-parents... tout le monde dans le même chalet, la piscine, les concours de plongeon, les randonnées dans les sapins ou les après-midi au bord de l'eau. Ce n'est pas une destination que j'ai choisie : c'est un endroit qui m'a construit par petites touches.
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Je me souviens des matins où mon grand-père et moi partions à pied jusqu'au centre du village, chercher le journal et du pain à la boulangerie. On prenait notre temps, on s'arrêtait voir comment évoluaient les tétards dans la petite mare, en essayant de repérer ceux qui commençaient à devenir des grenouilles. L'hiver, c'était la luge sur la route, une pente parfaite pour les enfants, avec le stress délicieux d'avoir à esquiver les rares voitures qui passaient. Et puis les fins d'après-midi où on s'asseyait dans l'herbe, juste avant que le soleil ne disparaisse, pour regarder le Mont-Blanc passer par toutes les nuances, du rose pâle à l'orangé brûlé, jusqu'au bleu profond de la nuit. Sans parler. Juste regarder.



Aujourd'hui j'y reviens avec Krista, plus posément. Mais le réflexe est le même. On pose les valises, on ouvre les volets côté Mont-Blanc, on sort deux verres. L'apéro en terrasse avec les derniers rayons du soleil. Et on coupe la Borfate.
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La Borfate, c'est le saucisson de Cordon. Fumé, tendre, d'un goût qu'on ne trouve nulle part ailleurs, une spécialité propre à la commune, quasi confidentielle ? je ne sais pas mais quand j'en demande dans les villages aux alentours je n'en trouve pas. Alors quand je me rends à l'épicerie à l'entrée du village, Le Temps des R'zules et que la dame me demande combien de tranches je souhaite, je lui réponds sans hésitations toujours la même chose : le saucisson en entier !




L'histoire derrière ce défilé est belle : des jeunes de Cordon ont suivi l'Empereur sur les routes d'Europe, fidèles jusqu'au bout. En signe de loyauté, ils ont même caché un drapeau de la Garde impériale pour le soustraire à l'occupant après la défaite. Ce drapeau est aujourd'hui conservé en mairie. Chaque 15 août, jour de l'Assomption et anniversaire de naissance de Napoléon, les habitants perpétuent cette mémoire avec un sérieux et une précision militaires qui forcent le respect.
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Ce qu'on ne précise pas sur les affiches : le 15 août en Haute-Savoie, il peut faire 38 ou 40 degrés. Et ces hommes sont en laine du col aux pieds. Je les ai regardés défiler, impassibles, en sueur discrète. Chapeau bas, littéralement !
La fête de la Miou
Le 15 août, quelque chose d'improbable se produit sur la place de l'église de Cordon.
Des hommes en tenue de grenadiers napoléoniens, shakos et uniformes de laine épaisse, baïonnettes au clair, défilent, manœuvrent, croisent le fusil. Certaines tenues sont authentiques, transmises de génération en génération depuis deux siècles. Le cliquetis des sabres résonne entre les chalets.
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Les randonnées
Depuis le Refuge dans les hauts de Cordon, c'est simple. il y a des chemins qui montent, certains raides dès le départ, et qui vous permettent de grimper sur les hauteurs de Cordon, en passant au milieu de la forêt où les vaches se cachent des fortes chaleurs en été, blotties à l'ombre des sapins. De là, vous découvrez la chaîne des Aravis de plus près, et toujours, cette vue exceptionnelle sur le Mont-Blanc qui surgit entre les arbres, ou quand vous arrivez tout en haut.
D'autres départ sont possibles depuis le parking du Péray.




Mais la vrai récompense une fois redescendu, c'est de s'arrêter sur la terrasse du Refuge, pour y reprendre des forces ou pour diner, en profitant de la plus belle vue du monde. Y manger une raclette, ou juste y prendre un thé en regardant le temps passer.
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Les itinéraires de Cordon sont variés, adaptés à tous les niveaux. Du simple sentier de promenade à la randonnée alpine plus engagée.


Le coup de cœur
Au bout de la route qui monte au-dessus du village, il y a le Refuge de Cordon. C'est l'endroit où je viens déjeuner en famille : une raclette et une bouteille de vin de Savoie, face au Mont-Blanc. La vue est peut-être la plus belle de toute la commune.
En pratique
Une semaine minimum pour vraiment s'installer. Mon conseil : chalet avec vue, piscine si possible. La randonnée est accessible à tous. Pour goûter la Borfate, l'épicerie à l'entrée du village. Et si vous êtes là le 15 août, ne ratez pas la Fête de la Miou.
Travel Design
Je peux vous aider à trouver le bon chalet et à composer les bonnes journées à Cordon, mais aussi dans les alentours.

Combloux
La perle du Mont-Blanc

Déjà au XIXe siècle, Victor Hugo désignait Combloux comme « la perle des Alpes dans son écrin de glaciers ». Le nom lui-même raconte une histoire : il remonte à 1284, quand le sceau du village était orné d'une tête de loup « cumba lupis », la combe aux loups.
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Perché à 980 mètres d'altitude, le village domine la vallée de l'Arve. Traditionnellement tourné vers la céréaliculture, il s'est orienté vers l'activité touristique estivale dès les années 1920, puis vers les sports d'hiver au cours des années 1930. Aujourd'hui, c'est une station conviviale et familiale, moins connue que Megève, plus authentique, moins chère... mais qui a mon goût à de meilleures pistes de ski, si vous venez l'hiver.
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Combloux, c'est aussi une église baroque du XVIIIe siècle, des fermes qui fonctionnent encore, et cette vue à 360° sur le Mont-Blanc, les Aravis, la chaîne des Fiz, un panorama complet de la montagne.
C'est le lieu de la remise en route. Chaque été, quand on arrive en Haute-Savoie, c'est à Combloux qu'on va faire la première randonnée — histoire de se dérouiller les jambes après la route depuis Paris, et de vérifier que la région est toujours là, toujours belle.
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Mais Combloux, c'est surtout un souvenir précis. Un petit chalet loué avec Fred — mon pote — près des bois et des sapins, avec vue sur le Mont-Blanc. On y venait en hors-saison, avec des amis. Des barbecues dehors, on s'asserait dans l'herbe à regarder. Le soir, des feux de cheminée, l'apéro qui s'éternisait, l'air qui fraîchissait, les rires.
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C'est là qu'est né le surnom « le pyro ». Une buche énorme — un vrai rondin — qu'on essayait de rentrer dans la cheminée. Elle était trop grande. Et au lieu d'arrêter, je me suis acharné. Il fallait la faire rentrer. J'ai même apporté une chaise pour la maintenir en équilibre, la soutenir par-dessous. Fred m'a regardé, a ri, et depuis — depuis plus de vingt ans — c'est comme ça qu'il m'appelle. Le pyro. Ce petit chalet, malheureusement, n'est plus à louer. Mais le surnom, lui, a survécu.


Randonner depuis la Cry
Allons jusqu'au bout de la route qui se termine en grand terre-plein, parking improvisé pour les voitures. 2 choix s'offrent à nous : départ à plat en suivant une piste de ski, ou montée raide à travers la forêt, plus rude pour les jambes !
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Pour une remise en condition, on commence par la première solution. Nous passons par un chemin de forêt qui permet à sa sortie de découvir la chaine des Aravis, puis de faire la descente face au Mont-Blanc


Le 2e choix (que nous avons fait un autre jour) permet si vous vous orientez vers le Jaillet de surplomber tout Megève, le Mont d'Arbois et son altiport, mais surtout de voir tout le panorama qu'offre la chaine du Mont-Blanc
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Mais la vrai récompense une fois redescendu, c'est de s'arrêter sur la terrasse du Refuge, pour y reprendre des forces ou pour diner, en profitant de la plus belle vue du monde. Y manger une raclette, ou juste y prendre un thé en regardant le temps passer.
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Les itinéraires de Cordon sont variés, adaptés à tous les niveaux. Du simple sentier de promenade à la randonnée alpine plus engagée.


Nos adresses
Aux Délices de Combloux : La boulangerie pour le pain de montagne. Pour les pique-niques randos, ou juste parce que le pain du jour !
Le Coin Savoyard : On y va pour la fondue. Attention, on en ressort parfumé à la raclette pour les trois jours. C'est le prix à payer.
En pratique
Petit village, facilement accessible. À dix minutes de Sallanches. La Cry est le vrai départ ! c'est de là qu'on monte, qu'on randonne. Simple, sans prise de tête. Il y a des chalets à louer, cherchez un avec vue si possible.
Travel Design
Je peux vous aider à trouver le bon endroit. Mais attention vous risquez de revenir chaque année !
Un endroit gravé à tout jamais dans notre cœur !
Quand je ferme les yeux à Paris, je peux sentir l'odeur des pins de Cordon. Je peux entendre les cloches des vaches sur les hauteurs de Combloux. Je peux voir le rose-orangé de la chaîne au crépuscule. Ces souvenirs n'ont pas besoin d'être convoqués ils sont là, en permanence, comme une fréquence basse dans le bruit de la ville.
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Mais quelque chose a changé. Pas dans ma mémoire, mais dans la réalité. Les glaciers reculent. La Mer de Glace n'est plus ce qu'elle était quand mes parents m'y emmenaient. Les étés sont plus lourds, les éboulements plus fréquents, les saisons plus floues. La région que j'ai gravée en moi est en train de muter sous mes yeux et c'est peut-être pour ça que je tiens tant à la regarder vraiment, à la documenter, à la faire découvrir à ceux qu'on aime. Avant.
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Il y a un mot qu'on emploie peu en français mais qui correspond précisément à ce que cette région m'a fait : enracinement. Pas géographique, mais émotionnel. Une forme de loyauté à un endroit qu'on n'a pas choisi mais qui nous a choisis.


Ce que cette région nous procure
On n’oubliera jamais
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Les tétards observés avec attention, à attendre celui qui devenait grenouille
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La luge en hiver sur la route de Cordon, esquivant les rares voitures
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Le Mont-Blanc en fin d'après-midi, passant par toutes les nuances, du rose pâle à l'orangé brûlé, jusqu'au bleu profond de la nuit
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L'épicerie Le Temps des R'zules
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La rando depuis le Leutaz, cette « grotte intérieure » qui revient quand j'en ai besoin pour me sentir mieux...
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L'ascension du Mont Joly avec mon oncle et mes cousins, la fin à quatre pattes en plein soleil
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Les soldats grenadiers de la Miou défilant en laine épaisse sous 40 degrés
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La Mer de Glace qui devient mer de roche, lentement, un panneau d'altitude après l'autre
Nous avons appris
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Qu'un endroit peut vous façonner sans que vous le sachiez, pendant des années, en silence
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Que les montagnes ne changent pas, c'est nous qui apprenons à les voir
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Que revenir, ce n'est pas refuser le présent, c'est honorer d'où l'on vient
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Que la beauté qui nous inquiète est peut-être la beauté la plus précieuse
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Qu'on peut aimer une région sans en être originaire et que cette distance rend l'amour plus conscient
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Que ralentir devient une forme de résistance, dans un monde qui accélère
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Que les meilleurs souvenirs sont rarement ceux des grandes attractions : ce sont les détails, les rituels, les chemins qu'on perd
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Qu'on porte ses paysages en soi, même quand on en est loin
À écouter sans modération !

Ray LaMontagne
Gossip in the Grain (2008) et ses autres albums Une voix rauque, des arrangements folk-soul, une mélancolie chaleureuse. Pour les soirées d'apéro face au Mont-Blanc qui dore, ou les retours en voiture quand la nuit tombe sur les sapins. Ses albums se passent en boucle sans qu'on s'en lasse.
La musique ne “résume” pas un pays. Elle prolonge une sensation. Voici quelques titres que nous avons découverts au Vietnam, entendu dans un taxi, ou en discutant avec les personnes que nous avons renconté.

Into the Wild - Eddie Vedder
La bande originale du film de Sean Penn. Une guitare, une voix, et l'idée que la nature peut nous transformer. Pour les randonnées en solo, ou les matins où on ouvre les volets côté Mont-Blanc.

Richard Strauss - Eine Alpensinfonie (1915)
Une symphonie composée pour décrire une journée d'ascension dans les Alpes : du lever du soleil sur les sommets jusqu'à la tempête, le retour, la nuit. C'est la montagne mise en musique, sans paroles. À écouter en voiture, sur la route entre Sallanches et Chamonix.
Quelques inspirations de lecture

Mountains of the Mind
Robert Macfarlane
Un essai littéraire sur l'imaginaire de la montagne : pourquoi les Hommes ont commencé à s'y aventurer, comment notre rapport à elle a évolué. Anglais, mais traduit en français. Pour comprendre intellectuellement ce qu'on ressent intuitivement.
Nous aimons les livres qui n’expliquent pas seulement un pays, mais qui l’ouvrent autrement : par l’histoire, la mémoire, les voix et les nuances.

Derborence
Charles-Ferdinand Ramuz
L'histoire d'un berger enseveli sous un éboulement dans les Alpes valaisannes, retrouvé vivant des semaines plus tard. Ramuz écrit la montagne comme personne, non comme un décor, mais comme une force avec laquelle on doit composer. Court, brutal, magnifique.

Sur les chemins noirs
Sylvain Tesson
Le récit d'une traversée de la France à pied, en marchant uniquement sur les sentiers oubliés. Tesson y passe par la Haute-Savoie. Sa réflexion sur la « hyper-modernité » qui dévore les paysages parle directement de ce qu'on observe ici.
À voir

Les bronzés font du ski
La comédie culte du Splendid. Derrière le rire, un portrait étonnamment juste de la société française face à la montagne des années 70, entre fascination et incompréhension. Un film d'archive aussi : la station des années 70, tout ce qui a presque disparu.
Des films pour prolonger le voyage autrement : par les visages, la mémoire, les paysages et les tensions du réel.

Monsieur le Maire
(Karine Blanc & Michel Tavares, 2023)
Comédie dramatique tournée à Cordon, littéralement le village dont je parle. Clovis Cornillac y joue le maire qui se bat contre la désertification. L'occasion de revoir le village sous un autre angle, avec ses paysages magnifiquement filmés.

7 ans au Tibet
(Jean-Jacques Annaud, 1997)
Heinrich Harrer, alpiniste autrichien, devient précepteur du jeune Dalaï Lama. Pas la Haute-Savoie, mais l'histoire d'un homme qui pensait que la montagne lui suffirait, et qui découvre qu'elle n'est qu'une porte d'entrée vers autre chose.









